dimanche, 12 octobre 2008
Cytoponction et angoisses
Une salle d’attente. Des gens assis dans tous les coins. La secrétaire ou les médecins qui tour à tour appellent nos noms. J’attends et j’observe. Ici, la plupart des examens pratiqués permettent de savoir si vous avez un cancer. Les gens qui attendent sont particulièrement anxieux. J’attends. J’attends pour une cytoponction dans cette boule qui s’est logée dans mon cou, il y a quelques temps. Il y a paraît-il 5% de chance que ce soit malin.
Les gens dans la salle d’attente sont souvent à deux, un père et sa fille, un vieux couple, un couple multicolore autour de la quarantaine, deux jeunes adultes. Evidement moi j’y suis allée seule. Je voyais pas pourquoi j’aurai besoin d’être accompagnée pour ça. En plus il paraît que ça fait pas mal…alors. En même temps je vois pas trop qui aurait pu venir avec moi. Mes amis proches sont soit loin, soit trop occupés, je leur ai pas demandé de toute façon. Ma mère, elle est à plus de 600 km. J’ai pas d’amoureux.
Ça y est on m’appelle. Merde, je viens de prendre un verre de café. Bon : poubelle, tant pis. Pour une fois qu’ils sont à l’heure dans ce genre de trucs. Le médecin : plutôt sympa et pédagogue. Il tente quelques blagues pour détendre l’atmosphère. M’explique en gros comment la ponction va se dérouler. Une écho pour contrôle, puis l’anatomopathologiste va arriver pour qu’il vérifie le prélèvement (sous écho aussi). Me voilà allongée sur la table d’examen. Il fait sa première écho. Elle confirme la présence de ce nodule suspect dans ma thyroïde, il fait presque 3 cm, une taille inquiétante.
L’autre médecin arrive. Ils discutent un peu tous les deux. C’est à ce moment que mon esprit divague. Et si… Et si, je faisais partie de ces 5%. Comment je vais faire ? Comment je vais assurer pour les enfants et le boulot ? Les larmes montent, je les retiens. Pas la peine de montrer ça à des étrangers. Il s’en foutent de toute façon. Là je me rends compte que vraiment je suis seule pour tout.
le médecin va commencer la ponction. Parfois il faut s’y reprendre à deux ou trois fois…pas plus, c’est trop douloureux au delà. Il badigeonne mon cou de bétadine, positionne son échographe. Je ne vois rien. Au bruit je sais qu’il ouvre une aiguille. Attention, je commence. Oui l’aiguille est fine elle ne fait presque pas mal, il fait des allers-retours dans le nodule. Ça pique un peu, mais ça va. Il retire l’angin, passe le prélèvement à l’anatomo qui l’observe sous microscope. Là, je sens que ça tire fort dans le cou. Conclusion de l’observation : pas assez de cellules pour le diagnostique. On est reparti pour une deuxième ponction. Re-échographe en position, re-bruit du plastique stérile qui enveloppe la nouvelle aiguille…ailleuheu, là ça fait sérieusement mal. Mêmes allers-retours qui cette fois sont plus longs et douloureux. On retire l’aiguille, on observe. Le médecin me demande si j’ai eu mal. Il avait vu mes grimaces. Je réponds que oui. Que j’en voudrais pas une troisième. Il m’avoue que la deuxième aiguille était plus grosse…Là, j’ai bien mal. Il espère que l’autre médecin va avoir suffisamment de matière pour travailler. Une bonne dizaine de minutes de suspense, et oui, c’est bon, il y a ce qu’il faut. Je dois maintenant aller attendre dans la salle à côté pour le compte-rendu de l’écho. Les résultats du prélèvement : dans 2 ou 3 semaines.
J’attends encore, j’observe encore. Les couples sont encore là. Un qui prend la main de sa compagne et lui caresse gentiment. Un vieux monsieur qui arrive avec sa femme et qui l’aide à retirer son manteau. D’autres qui se parlent doucement, ils se soutiennent ça se voit. Tout ça est assez lourd pour moi. J’ai mal, je dois attendre, je suis seule. J’aurais bien aimé une épaule, juste une épaule accueillante. Mais j’ai pas ça. Je comprends pas pourquoi c’est si rare. Certains doivent dire de moi : c’est une fille autonome avec un tantinet d’admiration et un sous entendu : elle n’a besoin de rien ni de personne. Oh, comme ils se trompent. J’assume mes responsabilités, c’est vrai. J’assure pour deux, oui c’est vrai mais simplement parce que j’y suis obligée. Ce n’est pas un choix. Je fais peur à beaucoup d’hommes parce qu’ils pensent qu’ils n’ont rien à m’apporter. Je ne vois pas pourquoi quelqu’un qui se dépatouille dans sa vie matérielle, avec ses enfants, n’aurait plus besoin de rien. Est-ce qu’un homme se sent réellement valorisé lorsqu’on lui demande de monter un meuble ou de changer une roue ? Moi ce que je demande à un homme, si je tiens à lui c’est de l’amour, de l’affection, de l’attention. Mais c’est sûrement trop, encore.
De toute façon, pour les résultats de cette ponction, je serai probablement seule. On est tous seuls dans la vie y paraît…
09:45 Publié dans Môa ! | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : peurs, thyroïde, amour, solitude




Commentaires
Je comprends ce sentiment de n'être vraiment que bien seule dans des moments si difficiles. Je croise les doigts pour toi pour que ce ne soit qu'anodin et je t'envoie plein d'ondes positives.
Ecrit par : isabelle | dimanche, 12 octobre 2008
Salut, ton attente envers la gente masculine n'est pas trop exigeante mais normale. Quand au fait d'être seule, au fond on est tous à la même enseigne mais il est vrai qu'un soutient est très important. Je rejoins Isabelle et son com'.
BYE
Ecrit par : jerome-b | dimanche, 12 octobre 2008
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